Évangile selon Matthieu — Commentaire théologique
Chapitre 3
Prédication de Jean-Baptiste · Appel à la conversion · Le baptême de Jésus · La théophanie trinitaire
Mt 3,1-17 — Le Précurseur et l'ouverture des cieux : entrée en scène du Messie
Le chapitre 3 marque une rupture narrative : après les récits de l'enfance (ch. 1-2), Matthieu fait un saut d'une trentaine d'années pour ouvrir le récit du ministère public. Ce chapitre se compose de deux mouvements. Le premier (v. 1-12) présente la figure et la prédication de Jean-Baptiste, dont le ministère est le dernier acte de l'ancienne alliance et la préparation immédiate de la venue du Messie. Le second (v. 13-17) raconte le baptême de Jésus par Jean, événement bref dans sa narration mais d'une portée théologique considérable : c'est le moment où l'identité divine de Jésus est révélée publiquement par une théophanie trinitaire — la voix du Père, la descente de l'Esprit, la présence du Fils.
Ce chapitre articule deux thèmes qui structureront tout l'évangile : l'appel pressant à la conversion (metanoia) en vue du Royaume qui approche, et la révélation progressive de l'identité du Christ, ici manifestée pour la première fois dans son plein mystère trinitaire. Jean-Baptiste, dernier des prophètes et premier témoin du Messie, occupe une place de charnière entre les deux alliances.
I Texte — Matthieu 3,1-17 (TOB)
La prédication de Jean-Baptiste (v. 1-6)
« En ces jours-là parut Jean le Baptiste, prêchant dans le désert de Judée et disant : "Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche." C'est de lui qu'avait parlé le prophète Isaïe lorsqu'il disait : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Or Jean portait un vêtement de poil de chameau et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui ; et, confessant leurs péchés, ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain. » (Mt 3,1-6)
L'avertissement aux Pharisiens et Sadducéens (v. 7-12)
« Voyant venir à son baptême un grand nombre de Pharisiens et de Sadducéens, il leur dit : "Engeance de vipères, qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion. Et n'allez pas dire en vous-mêmes : Nous avons Abraham pour père ! Car, je vous le déclare, des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu. Moi, je vous baptise dans l'eau, en vue de la conversion ; mais celui qui vient derrière moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de porter ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu. Il a sa fourche à la main : il nettoiera son aire, il amassera son blé dans le grenier, et il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint pas." » (Mt 3,7-12)
Le baptême de Jésus (v. 13-17)
« Alors Jésus, depuis la Galilée, se rend au Jourdain auprès de Jean, pour être baptisé par lui. Mais Jean voulait l'en empêcher et disait : "C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et c'est toi qui viens à moi !" Jésus lui répondit : "Laisse faire pour le moment, car c'est ainsi qu'il convient que nous accomplissions toute justice." Alors Jean le laisse faire. Or, dès qu'il fut baptisé, Jésus remonta de l'eau. Et voilà que les cieux s'ouvrirent : il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voilà qu'une voix, venant des cieux, disait : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute ma complaisance." » (Mt 3,13-17)
II Jean-Baptiste : l'ultime voix prophétique (v. 1-6)
Le désert et la formule d'Isaïe
Jean apparaît « dans le désert de Judée » — lieu chargé de résonances spirituelles dans la tradition d'Israël. Le désert est le lieu de l'épreuve et de la purification (l'Exode), mais aussi le lieu de la nouvelle alliance espérée par les prophètes (Os 2,16 : « je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur »). C'est aussi le lieu où la communauté de Qumrân, contemporaine de Jean, s'était retirée pour vivre la pureté de l'attente eschatologique.
Matthieu identifie immédiatement Jean comme l'accomplissement de la prophétie d'Is 40,3 — « voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur ». Dans son contexte originel, cet oracle annonce le retour d'exil d'Israël, le chemin que Dieu lui-même prépare pour ramener son peuple. Appliqué à Jean, l'oracle signifie que la venue de Jésus est le véritable retour eschatologique annoncé par Isaïe : Jean est la voix qui prépare ce chemin.
Le message : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche »
La prédication de Jean s'ouvre par un impératif — metanoeite, « convertissez-vous » — suivi d'une motivation — « car le Royaume des cieux est tout proche » (ēngiken hē basileia tōn ouranōn). Cette même formule sera reprise mot pour mot par Jésus en 4,17, créant une continuité délibérée entre la prédication du Précurseur et celle du Messie. La metanoia n'est pas un simple regret mais un retournement — un changement radical d'orientation de toute l'existence en vue d'une réalité qui approche : le Royaume des cieux.
L'expression « Royaume des cieux » (basileia tōn ouranōn), propre à Matthieu (les autres évangiles disent « Royaume de Dieu »), est probablement une circonlocution respectueuse pour éviter de prononcer le Nom divin, conforme aux usages du judaïsme palestinien. Elle ne désigne pas un lieu situé dans le ciel mais le règne de Dieu qui s'exerce sur la terre — son intervention souveraine dans l'histoire pour instaurer sa justice.
Le vêtement et la nourriture de Jean
La description de Jean — « vêtement de poil de chameau et ceinture de cuir » — est une citation quasi littérale de la description du prophète Élie en 2 R 1,8. Cette identification implicite de Jean à un nouvel Élie sera explicitée plus tard par Jésus lui-même (11,14 ; 17,12-13). L'alimentation de Jean — sauterelles (autorisées comme nourriture pure, Lv 11,22) et miel sauvage — signale un mode de vie ascétique, en marge de la société établie, à l'image des grands prophètes solitaires.
L'afflux des foules et la confession des péchés
L'affluence décrite — « Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain » (v. 5) — souligne l'ampleur du mouvement de conversion suscité par Jean, phénomène attesté aussi par Flavius Josèphe (Antiquités, XVIII, 5, 2). Le baptême de Jean est accompagné d'une confession des péchés (exomologoumenoi tas hamartias autōn) — geste qui n'a pas de précédent strict dans les ablutions rituelles juives habituelles, et qui annonce le caractère unique du baptême de conversion de Jean : non une simple purification rituelle répétable, mais un acte ponctuel de retournement moral préparant à l'arrivée imminente du Royaume.
III L'avertissement aux Pharisiens et Sadducéens : le jugement qui approche (v. 7-12)
« Engeance de vipères »
L'apostrophe de Jean aux Pharisiens et Sadducéens — « engeance de vipères » (gennêmata echidnōn) — est d'une violence verbale rare dans la tradition prophétique, et Jésus lui-même la reprendra textuellement en 12,34 et 23,33. La présence conjointe de Pharisiens et de Sadducéens, deux groupes habituellement opposés sur des questions doctrinales fondamentales, signale que la prédication de Jean transcende les clivages partisans : tous sont également visés par l'appel à la conversion, et tous sont également exposés au risque de chercher refuge dans leur statut sans la conversion réelle.
« Nous avons Abraham pour père »
Jean dénonce une présomption identitaire : se croire à l'abri du jugement en vertu de l'appartenance ethnique et religieuse à la descendance d'Abraham. La réponse de Jean — « Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham des pierres que voici » — est radicale : la filiation abrahamique n'est pas un acquis automatique mais une réalité que Dieu peut créer ou retirer souverainement. Cette affirmation prépare la théologie matthéenne de l'élection : être enfant d'Abraham n'est pas une question de sang mais de réponse à l'appel de Dieu — thème qui sera repris par Paul (Rm 4 ; Ga 3) et qui trouve un écho direct dans la parabole des deux fils (21,28-32) et dans la Grande Mission (28,19).
L'arbre, la cognée et le feu
Les images de Jean sont d'une intensité eschatologique extrême : « la cognée se trouve à la racine des arbres » — image de jugement imminent (cf. Is 10,33-34) — et « tout arbre qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu ». Le critère du jugement n'est pas l'identité mais le fruit — image qui reviendra constamment dans l'enseignement de Jésus (7,16-20 ; 12,33 ; 21,19.43). La conversion annoncée par Jean n'est pas un sentiment mais une production concrète, vérifiable.
Celui qui vient : baptême d'Esprit et de feu
La proclamation de Jean concernant « celui qui vient derrière moi » est le sommet de sa prédication. Trois éléments la composent. D'abord, l'infériorité volontairement assumée de Jean : « je ne suis pas digne de porter ses sandales » — geste réservé aux esclaves les plus humbles. Ensuite, la supériorité de celui qui vient : « plus puissant que moi » (ischyroteros mou). Enfin, le contraste des baptêmes : Jean baptise dans l'eau, en vue de la conversion — préparation ; celui qui vient baptisera dans l'Esprit Saint et le feu — accomplissement.
L'image de la fourche et de l'aire à battre le blé (v. 12) est une image de jugement final : le grain (les justes) est séparé de la paille (les pécheurs), le grain est conservé, la paille brûlée « dans un feu qui ne s'éteint pas ». Jean attend un Messie de jugement immédiat et radical. La suite de l'évangile révèlera que Jésus accomplit cette attente d'une manière inattendue : le jugement final est bien annoncé (ch. 25), mais le ministère immédiat de Jésus est d'abord un ministère de miséricorde et de guérison (cf. 11,2-6, où Jean lui-même, depuis sa prison, s'interrogera sur cet écart).
Le baptême « dans l'Esprit Saint et le feu » : une double réalité
L'expression « il vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu » (v. 11) a reçu plusieurs lectures. Une première lecture y voit une unique réalité : l'Esprit Saint lui-même est comparé au feu (cf. Ac 2,3, les langues de feu de la Pentecôte) — feu qui purifie et illumine. Une seconde lecture distingue deux baptêmes : un baptême de salut (dans l'Esprit) pour ceux qui se convertissent, et un baptême de jugement (dans le feu) pour ceux qui refusent — lecture cohérente avec l'image de la fourche qui sépare le bon grain de la paille (v. 12). La tradition chrétienne a surtout retenu la première lecture pour la théologie sacramentelle : le baptême chrétien, accompli par l'Esprit, est le baptême « dans l'Esprit Saint et le feu » annoncé par Jean, par opposition au seul baptême d'eau de la conversion préparatoire.
IV Le baptême de Jésus : « il convient que nous accomplissions toute justice » (v. 13-17)
Une difficulté théologique : pourquoi Jésus est-il baptisé ?
La venue de Jésus pour être baptisé par Jean pose une difficulté théologique que Matthieu est le seul des évangélistes à aborder explicitement : pourquoi celui qui est sans péché viendrait-il recevoir un baptême « en vue de la conversion » et de la « confession des péchés » (v. 6) ? Le dialogue entre Jean et Jésus (v. 14-15), propre à Matthieu, met en scène cette difficulté pour la résoudre théologiquement.
La protestation de Jean — « c'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et c'est toi qui viens à moi ! » — exprime la conscience juste de la hiérarchie réelle entre les deux figures : Jean lui-même reconnaît son infériorité, conformément à ce qu'il a proclamé au v. 11. Sa résistance n'est pas un manque de foi mais une attitude de révérence appropriée.
« Accomplir toute justice »
La réponse de Jésus — « laisse faire pour le moment, car c'est ainsi qu'il convient que nous accomplissions toute justice » (v. 15) — est l'une des affirmations les plus denses du chapitre. Le terme justice (dikaiosynê), central dans la théologie matthéenne (cf. 5,6.10.17-20 ; 6,33), désigne la conformité parfaite à la volonté de Dieu. En se faisant baptiser, Jésus n'avoue pas un péché qu'il n'a pas — l'évangile entier confessera son innocence (27,4.19.24) — mais il accomplit un acte de solidarité avec le peuple pécheur qu'il est venu sauver. C'est le premier geste public de la kénose rédemptrice : le Saint se mêle aux pécheurs venus confesser leurs fautes, anticipant le geste ultime de la croix où il « porte les péchés de la multitude » (cf. 20,28 ; Is 53,12). Le pluriel « nous » — « que nous accomplissions » — associe Jean à cet acte : ensemble, le Précurseur et le Messie inaugurent l'économie nouvelle dans laquelle la justice de Dieu se manifeste par la solidarité du Juste avec les pécheurs.
La théophanie : les cieux ouverts, l'Esprit, la voix
L'événement qui suit le baptême est une théophanie d'une densité trinitaire remarquable, la première manifestation publique et explicite de l'identité de Jésus. Trois éléments la composent. D'abord, « les cieux s'ouvrirent » (ēneōchthēsan hoi ouranoi) — image de la communication directe entre Dieu et la terre, écho d'Ez 1,1 et anticipation de la vision apocalyptique (cf. Ap 19,11). Ensuite, « l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui » — la comparaison avec la colombe a été diversement interprétée : possible allusion à l'Esprit planant sur les eaux à la création (Gn 1,2), ou à la colombe de Noé annonçant la fin du déluge et un monde nouveau (Gn 8,8-12), ou encore référence à la tendresse maternelle de l'Esprit (le terme hébreu pour planer en Gn 1,2 évoque le mouvement d'un oiseau couvant son nid, Dt 32,11). Enfin, « une voix, venant des cieux » — la voix du Père lui-même, qui prononce la première parole divine directe adressée au monde dans tout l'évangile.
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé »
La déclaration du Père — « Celui-ci est mon Fils bien-aimé (ho huios mou ho agapêtos), en qui j'ai mis toute ma complaisance » — est une citation composite. La première partie évoque le Ps 2,7 (« tu es mon fils », oracle d'intronisation royale messianique). La seconde partie — « en qui j'ai mis toute ma complaisance » — évoque Is 42,1, le premier chant du Serviteur (« voici mon serviteur que j'ai choisi, mon élu en qui mon âme se complaît »). Cette double allusion fusionne deux figures messianiques distinctes — le Roi davidique (Ps 2) et le Serviteur souffrant (Is 42) — en une seule personne : Jésus est à la fois le Roi-Messie attendu et le Serviteur qui accomplira sa mission dans l'humilité et la souffrance, comme le révéleront les chapitres suivants (notamment 12,18-21, qui citera explicitement Is 42,1-4).
La théophanie du Jourdain et la doctrine trinitaire
Le baptême de Jésus est l'une des scènes fondatrices de la doctrine chrétienne de la Trinité, et son iconographie a profondément marqué l'art chrétien dès les premiers siècles (mosaïques de Ravenne, baptistères paléochrétiens). Les trois Personnes divines sont simultanément présentes et distinctes : le Fils dans les eaux du Jourdain, l'Esprit descendant visiblement, le Père parlant depuis les cieux. Grégoire de Nazianze (Discours 39, sur la fête des Lumières) commente : « le Fils sort des eaux, portant pour ainsi dire le monde avec lui… le Père rend témoignage, l'Esprit accompagne celui qui lui est consubstantiel. » Cette scène est devenue, dans la tradition liturgique orientale, l'une des fêtes les plus importantes de l'année — la Théophanie — célébrant non seulement le baptême de Jésus mais la manifestation publique de sa divinité trinitaire.
V Synthèse théologique
Jean-Baptiste : la charnière des deux alliances
Jean-Baptiste occupe dans ce chapitre une position de charnière théologique. Il est le dernier des prophètes — sa prédication, son vêtement, son mode de vie l'inscrivent dans la tradition la plus austère d'Élie — et le premier témoin du Messie. Sa mission est de préparer, non d'accomplir : il baptise dans l'eau en vue de la conversion, mais il sait que celui qui vient baptisera dans l'Esprit. Cette conscience de sa propre relativité — « je ne suis pas digne » — est le signe de sa grandeur prophétique authentique : la vraie prophétie se reconnaît à sa capacité de désigner au-delà d'elle-même.
La justice accomplie par la solidarité
Le baptême de Jésus révèle une dimension fondamentale de la justice selon Matthieu : elle ne consiste pas en une séparation hautaine du pécheur, mais en une solidarité qui descend jusqu'au lieu où se trouve le pécheur pour l'en relever. Jésus, qui n'a pas besoin de conversion, descend dans les eaux de la conversion avec les pécheurs. Ce geste initial annonce toute la dynamique de l'Incarnation et de la Passion : Dieu ne sauve pas de l'extérieur mais en assumant la condition de ceux qu'il vient sauver.
La révélation trinitaire comme fondement de la mission
La théophanie du Jourdain est la première manifestation publique de l'identité trinitaire de Jésus, qui sera retrouvée à la Transfiguration (17,5, avec une formule presque identique) et qui fondera la formule baptismale de la Grande Mission (28,19). Cette continuité n'est pas fortuite : le baptême par lequel l'Église introduit les croyants dans la vie nouvelle est au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit précisément parce que c'est dans ce mystère trinitaire que Jésus lui-même a été manifesté au commencement de son ministère. Le baptême de Jésus est ainsi le modèle et la source de tout baptême chrétien.
VI Questions pour l'approfondissement
1. Jean dénonce la présomption de ceux qui se réclament d'Abraham sans produire de fruits de conversion. Quelles formes contemporaines peut prendre cette présomption identitaire — se croire en règle avec Dieu en vertu d'une appartenance ou d'une tradition, sans conversion réelle ?
2. Jésus accepte de se faire baptiser « pour accomplir toute justice », en pure solidarité avec les pécheurs. En quoi ce geste initial du ministère public est-il déjà une annonce de la croix ? Quelle théologie de la solidarité divine cela fonde-t-il ?
3. La voix du Père fusionne deux citations — le Ps 2 (le Roi) et Is 42 (le Serviteur souffrant). Comment cette double identité — royauté et service — structure-t-elle toute la christologie de Matthieu ? En quoi ces deux dimensions se rejoignent-elles dans la croix ?
4. Jean annonce un baptême « dans l'Esprit Saint et le feu » et un jugement immédiat (la fourche, le feu qui ne s'éteint pas). Le ministère de Jésus qui suit semble d'abord privilégier la miséricorde et la guérison. Comment ces deux dimensions — jugement et miséricorde — s'articulent-elles dans l'ensemble de l'évangile ?
5. La théophanie du Jourdain associe simultanément le Père, le Fils et l'Esprit. Comment cette scène fonde-t-elle, dans son lien avec Mt 28,19, la pratique baptismale trinitaire de l'Église ? Quelle est la portée de cette continuité pour la théologie sacramentelle ?
VII Pour aller plus loin
W. D. Davies & Dale C. Allison, A Critical and Exegetical Commentary on the Gospel according to Saint Matthew, vol. 1, ICC, T&T Clark, 1988, p. 288-336 — commentaire exhaustif du chapitre 3, avec analyse détaillée du dialogue entre Jean et Jésus.
John P. Meier, A Marginal Jew, vol. 2, Doubleday, 1994, p. 19-233 — étude historique fondamentale sur Jean-Baptiste, son mouvement et sa relation avec Jésus.
Joachim Gnilka, Das Matthäusevangelium, vol. 1, Herder, 1986, p. 65-90 — sur la théophanie du baptême et son arrière-plan scripturaire (Ps 2 ; Is 42).
Grégoire de Nazianze, Discours 38-40, sur la Théophanie, SC 358 — la grande méditation patristique sur le baptême de Jésus comme manifestation trinitaire.
Joseph Ratzinger / Benoît XVI, Jésus de Nazareth, vol. 1, Flammarion, 2007, p. 31-58 — sur le sens théologique du baptême de Jésus et son lien avec la Passion.
