Formation théologique

Évangile selon Matthieu — Commentaire théologique

Chapitre 4

Les tentations au désert · Installation à Capharnaüm · Appel des premiers disciples · Sommaire du ministère galiléen

Mt 4,1-25 — Le combat au désert et l'aube du ministère en Galilée des nations

Le chapitre 4 fait suite immédiate au baptême : « alors Jésus fut conduit par l'Esprit au désert » (v. 1) — le même Esprit qui vient de descendre sur lui au Jourdain le conduit maintenant à l'épreuve. Ce chapitre se compose de trois mouvements. Le premier (v. 1-11) est le récit des trois tentations au désert, scène d'un dépouillement théologique extrême où se joue, dans le combat singulier entre Jésus et le diable, la question de la véritable identité filiale de Jésus. Le second (v. 12-17) marque l'entrée en scène publique de Jésus en Galilée, accomplissant une prophétie d'Isaïe sur la Galilée des nations. Le troisième (v. 18-25) raconte l'appel des quatre premiers disciples et résume par un sommaire programmatique l'ensemble de l'activité de Jésus : enseigner, proclamer, guérir.

Ce chapitre est la transition entre la révélation de l'identité de Jésus (ch. 1-3) et le déploiement de son enseignement (ch. 5-7, le Sermon sur la montagne). Les tentations testent et confirment l'identité filiale révélée au Jourdain ; l'installation en Galilée inscrit le ministère dans son cadre géographique et prophétique ; l'appel des disciples inaugure la formation de la communauté qui recevra cet enseignement.

I Texte — Matthieu 4,1-25 (TOB)

Les tentations au désert (v. 1-11)

« Alors Jésus fut conduit par l'Esprit au désert, pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s'approcha et lui dit : "Si tu es Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains." Mais Jésus répondit : "Il est écrit : L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu." Alors le diable l'emmène à Jérusalem, le place sur le rebord du Temple et lui dit : "Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre." Jésus lui dit : "Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu." Le diable l'emmène encore sur une très haute montagne ; il lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire, et il lui dit : "Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu m'adores." Alors Jésus lui dit : "Va-t'en, Satan ! car il est écrit : C'est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, et c'est lui seul que tu serviras." Alors le diable le laisse. Et voilà que des anges s'approchèrent, et ils le servaient. » (Mt 4,1-11)

Le début du ministère en Galilée (v. 12-17)

« Lorsque Jésus apprit que Jean avait été arrêté, il se retira en Galilée. Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord de la mer, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali, pour que soit accomplie la parole du prophète Isaïe : Terre de Zabulon et terre de Nephtali, chemin de la mer, au-delà du Jourdain, Galilée des nations. Le peuple qui demeurait dans les ténèbres a vu une grande lumière, et sur ceux qui demeuraient dans le pays et l'ombre de la mort, la lumière s'est levée. Dès lors, Jésus se mit à proclamer : "Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche." » (Mt 4,12-17)

L'appel des premiers disciples (v. 18-22)

« Comme il marchait au bord de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, en train de jeter le filet dans la mer, car ils étaient pêcheurs. Il leur dit : "Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d'hommes." Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. Avançant sur le rivage, il vit deux autres frères, Jacques fils de Zébédée et son frère Jean, dans la barque avec leur père Zébédée, en train de réparer leurs filets, et il les appela. Aussitôt, laissant la barque et leur père, ils le suivirent. » (Mt 4,18-22)

Sommaire de l'activité de Jésus en Galilée (v. 23-25)

« Il parcourait toute la Galilée, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute infirmité parmi le peuple. Sa renommée se répandit dans toute la Syrie ; on lui amena tous ceux qui souffraient de diverses maladies et de divers tourments, des démoniaques, des épileptiques, des paralysés, et il les guérit. Des foules nombreuses le suivirent, venues de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée et de la Transjordanie. » (Mt 4,23-25)

II Les tentations au désert : la mise à l'épreuve de la filiation (v. 1-11)

L'Esprit conduit Jésus à l'épreuve

Le verbe d'ouverture — « Jésus fut conduit par l'Esprit » (anēchthē hypo tou pneumatos) — relie directement ce chapitre au précédent : c'est le même Esprit qui vient de descendre sur Jésus au baptême (3,16) qui le conduit maintenant au lieu de l'épreuve. La tentation n'est pas un accident qui surviendrait en dehors du plan de Dieu ; elle est intégrée dans la conduite de l'Esprit. Le désert et les quarante jours et quarante nuits de jeûne constituent une typologie explicite avec Moïse (Ex 34,28 : quarante jours sur le Sinaï) et avec Israël (quarante ans au désert, Dt 8,2-3). Jésus récapitule, comme individu, l'épreuve qu'Israël a traversée comme peuple — et là où Israël a échoué (le veau d'or, les murmures, l'idolâtrie), Jésus tient bon.

La structure des trois tentations

Les trois tentations forment une progression remarquable. La première porte sur le corps (la faim, le pain) ; la seconde sur la relation à Dieu (la confiance, le Temple) ; la troisième sur le pouvoir (les royaumes du monde, l'adoration). Chacune commence par « si tu es Fils de Dieu » (ou son équivalent implicite dans la troisième), reprenant directement la déclaration du Père au baptême (3,17) : le diable tente d'exploiter cette identité filiale, soit pour la mettre en doute, soit pour en détourner le sens.

À chaque tentation, Jésus répond par une citation du Deutéronome — Dt 8,3 ; Dt 6,16 ; Dt 6,13 — c'est-à-dire par les paroles que Moïse adresse à Israël au sortir du désert, juste avant l'entrée en Terre promise. Jésus combat le tentateur non par sa propre puissance divine mais par l'Écriture — modèle pour tout disciple : la Parole de Dieu est l'arme du combat spirituel.

« Si tu es Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains »

La première tentation joue sur le besoin le plus élémentaire — la faim après quarante jours de jeûne. Le diable propose à Jésus d'utiliser son pouvoir filial pour satisfaire son propre besoin. La réponse de Jésus — « l'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Dt 8,3) — replace la citation dans son contexte : Dt 8 rappelle que Dieu a fait manger la manne à Israël au désert pour lui apprendre que sa vie dépend de la parole de Dieu, non de l'autosuffisance matérielle. Jésus refuse d'utiliser son identité divine pour échapper à la condition humaine qu'il a librement assumée : il a faim, et il accepte d'avoir faim, faisant confiance à la providence du Père plutôt qu'à son propre pouvoir.

« Jette-toi en bas »

La seconde tentation a lieu sur le rebord du Temple (to pterygion tou hierou) — probablement le sommet du portique royal surplombant la vallée du Cédron, d'une hauteur vertigineuse selon Flavius Josèphe. Le diable cite lui-même l'Écriture — Ps 91,11-12 — pour inciter Jésus à tester spectaculairement la fidélité de Dieu. C'est la première utilisation détournée de l'Écriture dans l'évangile : le diable sait citer la Bible, mais il la cite hors de son sens.

La réponse de Jésus — « tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu » (Dt 6,16) — renvoie au péché de Massa (Ex 17,1-7), où Israël a testé Dieu en exigeant un signe de sa présence. La confiance authentique en Dieu ne se prouve pas par des démonstrations spectaculaires qui forceraient sa main : elle se vit dans l'obéissance discrète et la marche ordinaire de la foi. Cette tentation préfigure les demandes de signe que les Pharisiens adresseront à Jésus (12,38 ; 16,1) et qu'il refusera également.

« Tous les royaumes du monde et leur gloire »

La troisième tentation est la plus directe : le diable propose à Jésus tous les royaumes du monde en échange de son adoration. Cette tentation est la tentation messianique politique — la possibilité d'établir le Royaume de Dieu par les moyens du pouvoir mondain, sans passer par la croix. C'est précisément cette tentation que Pierre incarnera plus tard sans le savoir (16,22-23, où Jésus l'appellera « Satan ») et que les foules manifesteront en voulant faire de Jésus un roi par la force (Jn 6,15).

La réponse de Jésus — « va-t'en, Satan ! car il est écrit : c'est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras » (Dt 6,13) — est la seule des trois réponses accompagnée d'un ordre direct au tentateur. Le combat atteint son point culminant et sa résolution : l'adoration n'est due qu'à Dieu seul, et aucune fin — même la plus grandiose, l'établissement universel du Royaume — ne peut justifier de se détourner de cette adoration exclusive. Le Royaume de Dieu sera établi, mais par le chemin de la croix, non par celui du pouvoir.

« Des anges s'approchèrent et ils le servaient »

La conclusion du récit — « le diable le laisse » et « des anges s'approchèrent et ils le servaient » — signale la victoire de Jésus et son rétablissement dans la communion divine après l'épreuve. L'image des anges qui servent (diēkonoun) Jésus fait écho, par contraste, à la première tentation : Jésus a refusé de se nourrir par son propre pouvoir, et c'est Dieu qui, en retour, lui envoie le réconfort par ses anges. La providence répond à la confiance.

Adam, Israël, Jésus : la typologie des trois tentations

La tradition exégétique a souvent lu les trois tentations en lien avec 1 Jn 2,16 — « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l'orgueil de la richesse » — comme une récapitulation de la triple tentation d'Adam et Ève en Gn 3 (le fruit bon à manger, beau à voir, et désirable pour acquérir la sagesse). Irénée de Lyon (Contre les hérésies, V, 21) développe cette typologie : Jésus, nouvel Adam, refait dans le désert le combat que le premier Adam a perdu dans le jardin, et il le remporte. La typologie israélite (le désert, les quarante jours, les citations du Deutéronome) se superpose à la typologie adamique : Jésus récapitule à la fois l'humanité (Adam) et le peuple élu (Israël), et il triomphe là où tous deux avaient échoué.

III La Galilée des nations : l'accomplissement d'Isaïe (v. 12-17)

De Nazareth à Capharnaüm

L'arrestation de Jean-Baptiste (v. 12) marque le passage de relais : le ministère du Précurseur s'achève, celui de Jésus commence pleinement. Le déplacement de Nazareth — village obscur de l'intérieur — à Capharnaüm — ville portuaire active sur la mer de Galilée, carrefour commercial — situe le ministère de Jésus dans un lieu de passage et de rencontre, non dans un isolement villageois.

La citation d'Isaïe 8,23–9,1 : ténèbres et lumière

La citation d'Is 8,23–9,1 est la troisième citation d'accomplissement majeure de l'évangile (après Is 7,14 et Os 11,1). Dans son contexte originel, cet oracle d'Isaïe annonce, après l'humiliation des territoires du nord par les invasions assyriennes (territoires de Zabulon et Nephtali, premiers conquis et déportés en 733-732 av. J.-C.), une restauration lumineuse. L'expression « Galilée des nations » (Galil ha-goyim) désigne cette région frontalière, mêlée de populations non-juives depuis l'exil assyrien — région perçue par l'élite de Jérusalem comme périphérique et impure (cf. Jn 1,46 ; 7,52).

Le choix de cette région comme lieu d'inauguration du ministère de Jésus est théologiquement chargé : la lumière messianique se lève d'abord non à Jérusalem, centre religieux et politique, mais en Galilée, terre mêlée et marginale. Cette géographie initiale anticipe l'universalisme final de l'évangile (28,19) : du lieu même où « le peuple demeurait dans les ténèbres », la lumière commence à se répandre vers toutes les nations.

La reprise de la prédication de Jean

La proclamation inaugurale de Jésus — « convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche » (v. 17) — est mot pour mot identique à celle de Jean (3,2). Cette reprise délibérée établit la continuité entre le Précurseur et le Messie : le même appel, la même urgence eschatologique. Mais la suite de l'évangile révélera la différence radicale : ce que Jean annonçait comme imminent, Jésus l'inaugure par sa propre présence et son activité (cf. 12,28 : « le Royaume de Dieu est arrivé jusqu'à vous »).

IV L'appel des quatre premiers disciples : « venez à ma suite » (v. 18-22)

Des pêcheurs au bord de la mer

L'appel des deux paires de frères — Simon-Pierre et André, puis Jacques et Jean fils de Zébédée — se déroule dans le cadre le plus ordinaire : des hommes au travail, jetant ou réparant leurs filets. Aucun signe spectaculaire, aucune préparation ne précède l'appel. La mer de Galilée (en réalité un grand lac) sera le théâtre constant du ministère galiléen : plusieurs miracles, plusieurs enseignements, plusieurs déplacements s'y dérouleront.

« Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d'hommes »

La formule d'appel — deute opisō mou, « venez derrière moi » — est un impératif de suivi : le disciple est défini avant tout par le mouvement de marcher derrière le maître. La promesse — « je vous ferai pêcheurs d'hommes » — opère une transformation de la métaphore professionnelle : l'activité de pêche, qui consistait à capturer des poissons pour les tuer et les vendre, devient une image de la mission qui consiste à rassembler des hommes pour la vie. La métaphore est paradoxale et féconde : elle prend ce que les disciples savent déjà faire et le réoriente vers une finalité radicalement nouvelle.

« Aussitôt, laissant leurs filets… »

L'insistance sur l'immédiateté de la réponse — « aussitôt » (eutheōs), répété pour les deux paires de frères — et sur la radicalité de l'abandon — les filets pour les premiers, la barque et leur père pour les seconds — souligne le caractère inconditionnel de la réponse à l'appel. Aucune négociation, aucun délai, aucune condition. La mention du père Zébédée laissé dans la barque est particulièrement frappante : elle anticipe les paroles exigeantes de Jésus sur les priorités du disciple (8,21-22 ; 10,37 ; 19,29). Suivre Jésus implique une rupture réelle avec les liens les plus naturels — non par mépris de la famille, mais par la priorité absolue accordée à l'appel reçu.

V Le sommaire du ministère : enseigner, proclamer, guérir (v. 23-25)

Le chapitre se conclut par un sommaire — un résumé programmatique de l'activité de Jésus — qui sera répété presque à l'identique en 9,35, formant une inclusion qui encadre tout le bloc des chapitres 5-9 (le Sermon sur la montagne et le cycle des miracles). Trois verbes décrivent l'activité de Jésus : enseigner (didaskōn) dans les synagogues — son rapport à la tradition scripturaire d'Israël ; proclamer (kēryssōn) la Bonne Nouvelle du Royaume — son annonce eschatologique ; guérir (therapeuōn) toute maladie et toute infirmité — son action de restauration concrète.

Cette triple activité — parole et action, enseignement doctrinal et guérison corporelle — constitue le portrait complet du Messie tel que Matthieu le présente, et préfigure la structure même de l'évangile : les chapitres 5-7 (le Sermon, l'enseignement) suivront immédiatement les chapitres 8-9 (les miracles, la guérison). L'extension géographique de la renommée de Jésus — jusqu'en Syrie, et l'arrivée de foules venues de la Décapole (territoire à majorité non-juive) — confirme dès ce stade précoce l'ouverture aux nations annoncée par la citation d'Isaïe sur la Galilée.

VI Synthèse théologique

L'identité filiale éprouvée et confirmée

Le chapitre 4 répond à la révélation du chapitre 3 par une épreuve : la voix du Père a proclamé « celui-ci est mon Fils bien-aimé » ; le diable demande « si tu es Fils de Dieu… ». La filiation divine de Jésus n'est pas seulement une déclaration entendue une fois pour toutes : elle est éprouvée, mise à la question, et confirmée par l'obéissance fidèle dans le combat. Cette dynamique — révélation suivie d'épreuve — sera la structure de toute vie de disciple : la grâce reçue n'est jamais un acquis statique mais une réalité à vivre dans la fidélité éprouvée.

La Parole de Dieu comme arme du combat spirituel

Les trois réponses de Jésus, toutes tirées du Deutéronome, fondent une pédagogie du combat spirituel par l'Écriture. Le diable lui-même cite l'Écriture (Ps 91) mais en la détournant ; Jésus la cite dans son sens véritable, replacée dans son contexte d'alliance. La maîtrise de l'Écriture n'est pas en soi une protection — le diable aussi sait citer — mais l'intelligence spirituelle de son sens, dans la fidélité à la relation avec Dieu qu'elle exprime, est la véritable arme.

La géographie de l'incarnation : des marges vers le centre

Le choix de la Galilée des nations comme lieu d'inauguration du ministère, et l'appel de pêcheurs ordinaires comme premiers disciples, dessinent une théologie des marges : Dieu choisit de commencer son œuvre non au centre du pouvoir religieux (Jérusalem) ni parmi l'élite sociale, mais à la périphérie, parmi les humbles. Cette logique — déjà perceptible dans la généalogie (les quatre femmes) et dans l'adoration des mages — est constitutive de toute la révélation matthéenne : la lumière se lève d'abord là où on l'attendait le moins.

VII Questions pour l'approfondissement

1. Les trois tentations portent sur le corps, la relation à Dieu et le pouvoir. En quoi ces trois domaines représentent-ils les axes fondamentaux de toute tentation humaine ? Comment les réponses de Jésus, toutes tirées du Deutéronome, éclairent-elles un usage juste de l'Écriture dans le combat spirituel ?

2. Le diable cite lui-même l'Écriture (Ps 91) pour tenter Jésus. Comment discerner entre une citation scripturaire fidèle à son sens et une citation détournée ? Quels critères ce récit fournit-il pour ce discernement ?

3. La troisième tentation — établir le Royaume par le pouvoir mondain — sera incarnée plus tard, sans le savoir, par Pierre (16,22-23). En quoi cette tentation est-elle particulièrement subtile, puisqu'elle porte sur une fin bonne (le Royaume) obtenue par des moyens illégitimes ? Quelles formes contemporaines peut-elle prendre dans la vie de l'Église ?

4. Le choix de la Galilée des nations — région marginale et mêlée — comme lieu d'inauguration du ministère est théologiquement significatif. En quoi cette géographie des marges est-elle une constante de l'action de Dieu dans l'histoire du salut, depuis Bethléem jusqu'à la Galilée ?

5. L'appel des quatre premiers disciples se caractérise par l'immédiateté (« aussitôt ») et la radicalité (laisser les filets, la barque, le père). Comment comprendre cette radicalité aujourd'hui, dans des vocations qui ne nécessitent pas nécessairement un abandon physique aussi spectaculaire ? Quelle est la nature profonde de ce que le disciple laisse ?

VIII Pour aller plus loin

W. D. Davies & Dale C. Allison, A Critical and Exegetical Commentary on the Gospel according to Saint Matthew, vol. 1, ICC, T&T Clark, 1988, p. 351-413 — commentaire exhaustif du chapitre 4, avec analyse détaillée des trois tentations et de leurs sources scripturaires.

Irénée de Lyon, Contre les hérésies, livre V, SC 153 — sur la typologie Adam-Christ et la récapitulation du combat originel dans les tentations au désert.

Ulrich Luz, Matthew 1-7, Hermeneia, Fortress Press, 1989, p. 180-220 — sur les tentations, leur structure narrative et leur réception dans l'histoire de l'exégèse.

Jacques Dupont, Les tentations de Jésus au désert, Cerf, 1968 — étude monographique de référence sur le récit des tentations et son arrière-plan vétérotestamentaire.

Joseph Ratzinger / Benoît XVI, Jésus de Nazareth, vol. 1, Flammarion, 2007, p. 59-87 — sur la signification théologique des trois tentations pour la compréhension du messianisme de Jésus.