Formation théologique

Évangile selon Matthieu — Commentaire théologique

Chapitre 9

Le paralysé pardonné et guéri · L'appel de Matthieu · La question du jeûne · La fille de Jaïre et l'hémorroïsse · Les aveugles et le muet

Mt 9,1-38 — Le cycle des miracles (II) : l'autorité de Jésus sur le péché et la mort, l'appel des pécheurs

Le chapitre 9 poursuit et achève le cycle des miracles ouvert au chapitre 8, en déplaçant le centre de gravité théologique : après l'autorité sur la maladie, la nature et les démons, ce chapitre révèle l'autorité de Jésus sur le péché lui-même (le paralysé pardonné) et sur la mort (la fille de Jaïre), tout en intégrant deux controverses majeures — sur le pardon des péchés (v. 1-8) et sur la fréquentation des pécheurs et la pratique du jeûne (v. 9-17) — qui révèlent la nouveauté radicale de la mission de Jésus par rapport aux attentes religieuses de son temps.

Ce chapitre s'achève sur un sommaire programmatique (v. 35-38) qui reprend presque mot pour mot celui de 4,23, formant une inclusion qui clôt l'ensemble du bloc narratif des chapitres 5-9 (le Sermon sur la montagne et le cycle des miracles) et ouvre sur le second grand discours, le discours missionnaire du chapitre 10. La compassion de Jésus devant les foules « comme des brebis sans berger » est le pivot qui articule l'enseignement, les miracles, et l'envoi en mission.

I Texte — Matthieu 9,1-38 (TOB)

Le paralysé pardonné et guéri (v. 1-8)

« Jésus monta dans la barque, traversa et vint dans sa propre ville. Et voilà qu'on lui amena un paralysé couché sur une civière. Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : "Aie confiance, mon enfant, tes péchés sont pardonnés." Et voilà que des scribes se dirent en eux-mêmes : "Cet homme blasphème." Mais Jésus, connaissant leurs pensées, dit : "Pourquoi avez-vous de mauvaises pensées dans vos cœurs ? Quel est le plus facile, de dire : 'Tes péchés sont pardonnés', ou de dire : 'Lève-toi et marche' ? Eh bien, afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés…" Il dit alors au paralysé : "Lève-toi, prends ta civière et va dans ta maison." Il se leva et s'en alla dans sa maison. A cette vue, les foules furent saisies de crainte et glorifièrent Dieu, qui avait donné un tel pouvoir aux hommes. » (Mt 9,1-8)

L'appel de Matthieu et le repas avec les pécheurs (v. 9-13)

« Sortant de là, Jésus vit, assis au bureau des taxes, un homme appelé Matthieu, et il lui dit : "Suis-moi." L'homme se leva et le suivit. Comme il était à table dans la maison, voilà que beaucoup de publicains et de pécheurs vinrent se mettre à table avec Jésus et ses disciples. Voyant cela, les Pharisiens dirent à ses disciples : "Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ?" Jésus, qui avait entendu, leur dit : "Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. Allez donc apprendre ce que signifie : Je veux la miséricorde, et non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs." » (Mt 9,9-13)

La question du jeûne (v. 14-17)

« Alors les disciples de Jean s'approchent de lui et disent : "Pourquoi, nous et les Pharisiens, jeûnons-nous, alors que tes disciples ne jeûnent pas ?" Jésus leur dit : "Les invités à la noce peuvent-ils être dans le deuil tant que l'époux est avec eux ? Les jours viendront où l'époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront. Personne ne met une pièce de drap neuf sur un vieux vêtement, car elle déchirerait le vêtement, et la déchirure serait pire. On ne met pas non plus du vin nouveau dans de vieilles outres, sinon les outres éclatent, le vin se répand, et les outres sont perdues ; mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et le tout se conserve." » (Mt 9,14-17)

La fille de Jaïre et la femme hémorroïsse (v. 18-26)

« Pendant qu'il leur parlait ainsi, voilà qu'un chef arrive, se prosterne devant lui et dit : "Ma fille vient de mourir ; mais viens, impose-lui la main, et elle vivra." Jésus se leva et le suivit avec ses disciples. Et voilà qu'une femme atteinte d'hémorragies depuis douze ans s'approcha par derrière et toucha la frange de son vêtement, car elle se disait : "Si seulement je touche son vêtement, je serai sauvée." Jésus se retourna et dit, en la voyant : "Aie confiance, ma fille, ta foi t'a sauvée." Et à l'heure même, la femme fut sauvée. Quand Jésus fut arrivé à la maison du chef et qu'il vit les joueurs de flûte et la foule qui faisait grand bruit, il dit : "Retirez-vous, car la fillette n'est pas morte, mais elle dort." Et l'on se moquait de lui. Mais quand la foule eut été mise dehors, il entra, prit la main de la fillette, et celle-ci se leva. Le bruit s'en répandit dans toute la contrée. » (Mt 9,18-26)

Les deux aveugles et le muet (v. 27-34)

« Comme Jésus s'en allait de là, deux aveugles se mirent à le suivre en criant : "Aie pitié de nous, Fils de David !" Lorsqu'il fut entré dans la maison, les aveugles s'approchèrent de lui, et Jésus leur dit : "Croyez-vous que je peux faire cela ?" Ils lui dirent : "Oui, Seigneur." Alors il leur toucha les yeux en disant : "Qu'il vous soit fait selon votre foi." Et leurs yeux s'ouvrirent. Comme on amenait à Jésus un homme muet, possédé d'un démon, il chassa le démon et le muet se mit à parler. Les foules, dans leur admiration, disaient : "Jamais rien de pareil ne s'est vu en Israël." » (Mt 9,27-34)

Sommaire : la moisson abondante (v. 35-38)

« Jésus parcourait toutes les villes et les villages, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute infirmité. Voyant les foules, il fut saisi de compassion pour elles, car elles étaient comme des brebis sans berger. Alors il dit à ses disciples : "La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson." » (Mt 9,35-38)

II Le paralysé : l'autorité sur le péché (v. 1-8)

« Tes péchés sont pardonnés »

Le récit du paralysé inaugure le second grand domaine d'autorité de Jésus : le péché lui-même. La parole de Jésus — « aie confiance, mon enfant, tes péchés sont pardonnés » — précède même la demande de guérison physique, qui n'avait pas été explicitement formulée. Jésus établit un lien implicite entre la condition de paralysie et une réalité plus profonde — le péché — sans pour autant affirmer que toute maladie serait la conséquence directe d'un péché personnel (le ch. 9 de Jean démontrera l'inverse). Le pardon est ici accordé en réponse à la « foi » manifestée par ceux qui ont amené le paralysé.

La controverse sur le blasphème

L'accusation silencieuse des scribes — « cet homme blasphème » — est théologiquement précise : dans le judaïsme, seul Dieu peut pardonner les péchés (cf. Is 43,25 ; Ps 103,3). En s'arrogeant ce pouvoir, Jésus s'attribue une prérogative divine. La réponse de Jésus ne nie pas cette implication ; au contraire, elle la confirme en l'illustrant par un acte de puissance vérifiable : « afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés » — Jésus guérit le corps pour rendre visible et crédible son autorité invisible sur l'âme. Le miracle visible authentifie l'autorité invisible.

« Un tel pouvoir donné aux hommes »

La conclusion du récit — « les foules… glorifièrent Dieu, qui avait donné un tel pouvoir aux hommes » (v. 8, pluriel tois anthrōpois) — est remarquable et a suscité diverses lectures. Une lecture y voit une anticipation du pouvoir de pardonner les péchés que Jésus confiera à son Église (cf. 16,19 ; 18,18 ; Jn 20,23), fondement scripturaire du sacrement de la réconciliation : le pouvoir exercé par le Fils de l'homme sur la terre se prolonge, par sa volonté, dans le ministère de ceux qu'il a établis.

III L'appel de Matthieu : le médecin des malades (v. 9-13)

Le bureau des taxes

L'appel de Matthieu — assis « au bureau des taxes » (epi to telōnion), fonction de collecteur d'impôts pour le compte des autorités, profession méprisée et considérée comme moralement compromise dans la société juive du Ier siècle, en raison de la collaboration avec l'occupant et des soupçons d'extorsion — suit le même schéma que l'appel des pêcheurs au chapitre 4 : un ordre bref (« suis-moi ») et une réponse immédiate et radicale (« il se leva et le suivit »). L'évangéliste lui-même est ainsi mis en scène, dans une tradition unanime depuis l'Antiquité, comme le publicain converti, transformé en apôtre et en évangéliste.

« Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin »

La controverse qui suit, déclenchée par la fréquentation de « publicains et pécheurs » à table avec Jésus (le repas partagé étant dans la culture du temps un acte d'intimité et d'acceptation sociale), est résolue par une image médicale d'une clarté lumineuse : « ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades ». Cette image définit la mission de Jésus comme une mission thérapeutique envers ceux qui en ont besoin — non une validation de leur péché, mais une démarche active vers ceux qui en sont prisonniers, à l'image du médecin qui va vers le malade plutôt que d'attendre sa propre guérison spontanée.

« Je veux la miséricorde, et non le sacrifice »

La citation d'Os 6,6 — « je veux la miséricorde, et non le sacrifice » — sera reprise par Jésus en 12,7 dans un contexte similaire de controverse pharisienne. Cette citation établit une hiérarchie théologique fondamentale : la miséricorde concrète envers les pécheurs et les souffrants prime sur l'observance rituelle pure, sans pour autant l'abolir. La conclusion — « je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs » — synthétise toute la logique de l'Incarnation rédemptrice : Jésus vient précisément pour ceux qui ont besoin de salut, non comme récompense de ceux qui n'en auraient pas besoin.

IV La question du jeûne : le temps de l'époux (v. 14-17)

L'image nuptiale

La question des disciples de Jean — pourquoi les disciples de Jésus ne jeûnent-ils pas comme ceux de Jean et des Pharisiens — reçoit une réponse christologique fondée sur l'image nuptiale : « les invités à la noce peuvent-ils être dans le deuil tant que l'époux est avec eux ? » Cette image renvoie à la tradition prophétique où Dieu lui-même est l'époux d'Israël (Os 2,16-22 ; Is 62,5 ; Ez 16). Jésus s'identifie implicitement à cet époux : sa présence inaugure un temps de noces, de joie messianique, incompatible avec les pratiques de jeûne associées au deuil ou à l'attente pénitentielle.

L'annonce — « les jours viendront où l'époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront » — est une première allusion voilée à la Passion, et justifie la pratique chrétienne ultérieure du jeûne dans l'Église (cf. les jeûnes du Carême, institués après la mort et la résurrection de Jésus). Le jeûne chrétien n'est pas nié dans son principe, mais subordonné à un moment de l'histoire du salut.

Le drap neuf et le vin nouveau

Les deux images conclusives — la pièce de drap neuf sur un vieux vêtement, le vin nouveau dans de vieilles outres — illustrent le même principe : la nouveauté radicale apportée par Jésus ne peut pas être simplement ajoutée ou contenue dans les structures anciennes sans les faire éclater. Cela ne signifie pas une rupture totale avec l'ancienne alliance (cf. 5,17, l'accomplissement de la Loi) mais l'affirmation que l'événement messianique inaugure une réalité véritablement nouvelle qui requiert des formes adaptées — une Église nouvelle, des pratiques renouvelées, une intelligence renouvelée de l'Écriture.

V La fille de Jaïre et l'hémorroïsse : la foi qui sauve (v. 18-26)

Deux récits entrelacés

Matthieu entrelace, selon une technique narrative classique, deux récits de guérison/résurrection autour de la foi des personnages qui interviennent. Le chef (vraisemblablement Jaïre, nommé dans Marc et Luc) demande pour sa fille, déjà morte selon Matthieu (contrairement aux parallèles synoptiques où elle est mourante), un geste d'imposition des mains qu'il croit capable de la ramener à la vie : sa foi affronte directement la mort, non simplement la maladie.

La femme hémorroïsse : toucher dans la foi

Le récit de la femme atteinte d'hémorragies depuis douze ans s'insère dans le trajet vers la maison de Jaïre. Cette affection, outre sa gravité physique et sa durée éprouvante, comportait une dimension d'impureté rituelle continue (cf. Lv 15,25-30) qui excluait la femme du contact social normal — situation analogue à celle du lépreux du chapitre 8. Son geste — toucher discrètement « la frange de son vêtement » — est un acte de foi confiante mêlée de timidité, et sa pensée intérieure — « si seulement je touche son vêtement, je serai sauvée » — exprime une conviction presque magique de l'efficacité du contact, que Jésus corrige et approfondit en révélant que c'est sa foi, non le simple contact matériel, qui opère le salut : « ta foi t'a sauvée » (hē pistis sou sesōken se).

Le verbe employé — sōzein, sauver — est le même que celui utilisé pour le salut spirituel et eschatologique (cf. 1,21), créant un pont théologique entre la guérison physique immédiate et le salut intégral que Jésus est venu apporter.

« Elle n'est pas morte, mais elle dort »

L'affirmation de Jésus devant la maison en deuil — « la fillette n'est pas morte, mais elle dort » — suscite la moquerie des personnes présentes, qui connaissent la réalité de la mort. Cette formule n'est pas un déni de la réalité biologique de la mort mais une affirmation théologique sur sa nature relative face à la puissance de Jésus : pour lui, la mort n'est qu'un sommeil temporaire dont il a le pouvoir de réveiller. Cette même image du sommeil sera reprise pour Lazare (Jn 11,11) et deviendra dans la tradition chrétienne primitive une métaphore courante de la mort des croyants en attente de la résurrection (cf. 1 Th 4,13-15, où les morts sont appelés « ceux qui se sont endormis »).

VI Les deux aveugles et le muet : achèvement de la triade des miracles (v. 27-34)

« Fils de David »

L'appel des deux aveugles — « aie pitié de nous, Fils de David ! » — est la première occurrence dans l'évangile de ce titre messianique appliqué directement à Jésus par des personnes qui le rencontrent (le titre était implicite dans la généalogie, 1,1). Ce titre reviendra de manière récurrente associé aux guérisons (cf. 12,23 ; 15,22 ; 20,30-31 ; 21,9.15), suggérant un lien entre la messianité davidique et l'œuvre de restauration et de guérison qu'elle accomplit — conformément à l'attente d'un règne de justice et de paix associé à la lignée de David.

« Croyez-vous que je peux faire cela ? »

La question explicite de Jésus aux aveugles — « croyez-vous que je peux faire cela ? » — et leur réponse affirmative — « oui, Seigneur » — souligne, comme dans les récits précédents du chapitre, le rôle essentiel de la foi personnelle et consciente dans l'accueil du miracle. La formule finale — « qu'il vous soit fait selon votre foi » — est presque identique à celle adressée au centurion (8,13), confirmant que la mesure de la guérison est, dans l'économie du récit, la mesure même de la foi qui l'accueille.

Le muet délivré et la stupéfaction des foules

La guérison rapide et sans dialogue de l'homme muet possédé clôt la série des miracles du chapitre par une note de stupéfaction unanime : « jamais rien de pareil ne s'est vu en Israël » — déclaration qui souligne la nouveauté absolue et inédite de l'action de Jésus, sans précédent même dans la riche tradition des miracles prophétiques d'Israël (Élie, Élisée).

VII Le sommaire final : la compassion et l'envoi en mission (v. 35-38)

L'inclusion avec 4,23

Le sommaire des v. 35 reprend presque mot pour mot celui de 4,23 (enseignant… proclamant… guérissant), formant une inclusion qui clôt l'ensemble du grand bloc narratif constitué par le Sermon sur la montagne (ch. 5-7) et le cycle des miracles (ch. 8-9). Cette structure révèle que Matthieu a délibérément organisé son récit en blocs alternant parole (discours) et action (miracles), dont l'unité profonde est l'autorité unique de Jésus qui se déploie dans l'enseignement comme dans l'acte.

« Saisi de compassion… comme des brebis sans berger »

La motivation intérieure de Jésus — « saisi de compassion » (esplagchnisthē, verbe d'une intensité physique forte, littéralement « ému jusqu'aux entrailles ») — devant les foules « comme des brebis sans berger » (citation implicite de Nb 27,17 et Ez 34,5, où l'absence de berger désigne l'abandon spirituel d'Israël faute de chefs fidèles) révèle le ressort profond de toute l'activité de Jésus dans les chapitres précédents : non un simple exercice de puissance démonstrative, mais une compassion réelle devant la détresse spirituelle et physique du peuple.

La moisson et l'envoi des ouvriers

La parole conclusive — « la moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson » — articule la transition vers le discours missionnaire du chapitre 10 : l'urgence de la situation spirituelle des foules appelle l'envoi de disciples qui prolongeront l'œuvre de Jésus. La compassion de Jésus ne se limite pas à son action personnelle ; elle s'étend par la mission confiée aux disciples, dont l'envoi sera détaillé au chapitre suivant.

VIII Synthèse théologique

L'autorité de Jésus sur le péché et la mort

Le chapitre 9 complète la révélation de l'autorité de Jésus inaugurée au chapitre 8 : après la maladie, la nature et les démons, c'est le péché lui-même (le paralysé) et la mort (la fille de Jaïre) qui sont soumis à sa puissance. Cette progression dessine une christologie de plus en plus explicite : Jésus n'est pas seulement un thaumaturge puissant, il exerce des prérogatives strictement divines.

La miséricorde comme clé de la mission

L'appel de Matthieu et la controverse qui s'ensuit révèlent que la mission de Jésus est structurellement orientée vers les pécheurs et les exclus, non par complaisance envers le péché mais par une logique médicale et rédemptrice : aller chercher activement ceux qui sont malades. Cette logique de la miséricorde, fondée sur Os 6,6, est la clé herméneutique de toute l'activité de Jésus et de l'éthique qu'il enseigne.

La foi comme condition et mesure du salut

Tous les récits du chapitre — le paralysé, l'hémorroïsse, les aveugles — convergent vers une même affirmation : la foi est la condition d'accueil du salut que Jésus offre, et elle en mesure, dans l'économie narrative, l'ampleur. Cette insistance ne réduit pas le salut à une œuvre humaine, mais souligne la nécessaire ouverture du cœur à la grâce offerte.

IX Questions pour l'approfondissement

1. Jésus guérit le corps du paralysé pour authentifier son pouvoir invisible de pardonner les péchés. En quoi ce lien entre signe visible et réalité invisible éclaire-t-il la nature des sacrements dans la théologie catholique ?

2. « Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades ». Comment cette image médicale de la mission de Jésus peut-elle inspirer une pastorale de l'Église envers les personnes éloignées de la pratique religieuse ou en situation de péché objectif ?

3. L'image de l'époux et des noces pour justifier l'absence de jeûne révèle une joie messianique au cœur du ministère de Jésus. Comment articuler cette joie avec la nécessité du jeûne et de la pénitence dans la vie chrétienne après l'Ascension ?

4. La femme hémorroïsse pense d'abord à un contact presque magique avec le vêtement de Jésus, mais celui-ci révèle que c'est sa foi qui sauve. Comment distinguer une foi authentique d'une approche superstitieuse de la grâce, notamment dans la piété populaire et la dévotion aux reliques ou aux sacramentaux ?

5. « La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux » (v. 37). Comment cette parole, prononcée il y a deux mille ans, résonne-t-elle dans le contexte contemporain des vocations sacerdotales et religieuses, et plus largement de l'engagement missionnaire des baptisés ?

X Pour aller plus loin

W. D. Davies & Dale C. Allison, A Critical and Exegetical Commentary on the Gospel according to Saint Matthew, vol. 2, ICC, T&T Clark, 1991, p. 78-156 — commentaire exhaustif du chapitre 9.

John P. Meier, A Marginal Jew, vol. 2, Doubleday, 1994 — sur les miracles de Jésus, leur arrière-plan historique et leur signification théologique.

Jean Chrysostome, Homélies sur Matthieu, 29-32, PG 57-58 — commentaire patristique sur le paralysé, l'appel de Matthieu et les guérisons du chapitre 9.

Ulrich Luz, Matthew 8-20, Hermeneia, Fortress Press, 2001, p. 30-58 — sur la structure narrative et la christologie implicite du chapitre 9.

Catéchisme de l'Église catholique, n. 1441-1442 — sur le pouvoir de pardonner les péchés exercé par Jésus et transmis à l'Église, fondé notamment sur Mt 9,1-8.