Synopse des 7 trompettes
Les sept trompettes constituent le deuxième grand cycle de jugements dans l’Apocalypse et occupent une place médiatrice entre les sceaux et les coupes. Elles ne marquent ni le commencement du jugement ni son achèvement, mais sa phase d’avertissement solennel. Leur symbolique s’enracine profondément dans la tradition biblique : la trompette est instrument de théophanie, de guerre sainte, d’assemblée liturgique et d’appel à la repentance. Dans l’Apocalypse, elle devient la voix par laquelle Dieu interpelle le monde avant la consommation finale.
Théologiquement, les trompettes expriment une pédagogie divine du jugement. Contrairement aux coupes, les fléaux qu’elles déclenchent sont partiels : un tiers de la terre, de la mer, des eaux ou des luminaires est frappé. Cette limitation volontaire souligne que le but premier n’est pas la destruction, mais la révélation. Dieu agit pour dévoiler la fragilité de l’ordre humain et cosmique, afin de susciter une prise de conscience spirituelle. Le jugement est ainsi présenté comme un acte de miséricorde sévère.
Les premières trompettes affectent le monde naturel : terre, mer, fleuves et astres. Cette atteinte progressive à la création révèle une solidarité entre le péché humain et la création blessée, conformément à la théologie paulinienne (Rm 8). L’ordre créé, initialement bon, devient instable parce qu’il est soumis à des structures de domination, de violence et d’idolâtrie. Les trompettes annoncent ainsi une dégradation de la création qui n’est pas autonome mais liée à la condition morale de l’humanité.
À partir de la cinquième trompette, le jugement prend une dimension explicitement spirituelle et démoniaque. Les sauterelles de l’abîme et les armées destructrices ne visent pas la destruction matérielle mais le tourment intérieur des hommes. Ce déplacement théologique est majeur : le mal n’est pas seulement extérieur ou naturel, il est aussi spirituel, intérieur et idéologique. Les trompettes dévoilent les puissances invisibles qui asservissent l’humanité lorsqu’elle se coupe de Dieu.
Un élément central de la théologie des trompettes est le refus persistant de la repentance. Apocalypse 9,20–21 souligne que, malgré les fléaux, les hommes « ne se repentirent pas » de leurs idolâtries, violences et immoralités. Ce constat confère aux trompettes une fonction révélatrice : elles manifestent non seulement la gravité du mal, mais aussi l’endurcissement du cœur humain. Le jugement devient alors un miroir moral plus qu’une simple sanction.
La septième trompette occupe une place singulière : elle n’introduit pas un fléau supplémentaire, mais une proclamation royale. Le Royaume du monde est remis au Christ, et le jugement final est annoncé sans encore être exécuté. Cette structure indique que le but ultime des trompettes n’est pas la destruction mais l’intronisation du Christ. La souveraineté divine se révèle au cœur même des crises de l’histoire.
La théologie des trompettes est également ecclésiologique. Le chapitre 11, avec la figure des deux témoins, montre que l’Église n’est pas spectatrice des jugements mais actrice du témoignage. Elle annonce la parole de Dieu dans un monde hostile, subit la persécution, mais est finalement justifiée et relevée. Le jugement et le témoignage avancent donc conjointement dans l’économie apocalyptique.
Enfin, les sept trompettes affirment une vision théologique de l’histoire où le mal est temporaire et limité, tandis que le dessein de Dieu est souverain et orienté vers l’accomplissement. Elles rappellent que le jugement n’est pas une rupture arbitraire, mais une étape nécessaire vers la restauration finale. L’Apocalypse ne présente pas un monde livré au chaos, mais une histoire conduite vers son terme par la fidélité et la patience de Dieu.
| Trompette | Verset (Segond 1910) — Extrait | Explication |
|---|---|---|
| 1ère trompette |
Apocalypse 8:7 « Le premier ange sonna de la trompette: Il y eut de la grêle et du feu mêlés de sang qui furent jetés sur la terre; et le tiers de la terre fut brûlé, et le tiers des arbres fut brûlé, et toute herbe verte fut brûlée. » |
Jugement cosmique et agricole : image d’une catastrophe partielle (un tiers) frappant la végétation. Typologie évoquant les plaies d’Égypte; sert d'avertissement progressif, montrant que l'ordre naturel est bouleversé par l'intervention divine. |
| 2ème trompette |
Apocalypse 8:8–9 « Le second sonna... et quelque chose comme une grande montagne embrasée fut jetée dans la mer; et le tiers de la mer devint du sang, et le tiers des créatures qui sont dans la mer mourut, et le tiers des navires fut détruit. » |
Jugement sur la mer et la vie maritime : la puissance économique et commerciale est atteinte. L'image amplifie la première trompette (passage de la terre à la mer) et rappelle la portée universelle des jugements; possible écho à la première plaie (eau changée en sang). |
| 3ème trompette |
Apocalypse 8:10–11 « Le troisième sonna... il tomba du ciel une grande étoile, ardente comme un flambeau; et le nom de l'étoile est Absinthe... le tiers des eaux devint amer, et beaucoup d'hommes moururent de ces eaux, parce qu'elles étaient devenues amères. » |
Image d’une « étoile » tombée (peut être cosmique ou angélique) rendant l’eau impropre à la vie ; motif de purification et de jugement moral. Le nom « Absinthe » (amertume) souligne la souffrance humaine et la symbolique de l’eau comme source de vie corrompue. |
| 4ème trompette |
Apocalypse 8:12 « Le quatrième sonna... et le tiers du soleil, le tiers de la lune, et le tiers des étoiles furent frappés, en sorte que le tiers d'eux devint obscur; et le jour ne brillait pas d'un tiers, et la nuit de même. » |
Jugement cosmique sur les luminaires : altération du temps et de l’ordre cosmique. Symbole de désorientation universelle et d’un « voile » sur la connaissance, renforçant l’idée que le monde créé subit la conséquence du péché et de la rébellion. |
| 5ème trompette (1er malheur) |
Apocalypse 9:1–6, 11 « Le cinquième sonna... une étoile avait reçu la clé du puits de l'abîme... de la fumée sortit; et des sauterelles montèrent sur la terre... et il leur fut donné qu'elles ne tuassent point les herbes, mais seulement les hommes qui n'avaient pas le sceau de Dieu... Leur roi est l'ange de l'abîme, nommé Abaddon (Apollyon). » |
Première plaie « démoniaque » : locustes démoniaques qui tourmentent mais ne tuent pas (puisent dans l'image du fléau mêlé au surnaturel). Symbolise tourments spirituels/psychiques et jugement qui provoque souffrance et appel à la repentance; introduction du thème des « maux » (woes). |
| 6ème trompette (2e malheur) |
Apocalypse 9:13–21 « Le sixième sonna... l'ange qui avait la voix comme trompette donna la parole aux quatre anges qui étaient préparés pour l'heure, le jour, le mois et l'année, afin de tuer le tiers des hommes... et le nombre des cavaliers était deux myriades de myriades. » |
Jugement militaire et géopolitique (libération d'armées aux bords de l'Euphrate) : image de destruction humaine massive (un tiers). Appel au refus de repentance; souligne la justice divine mais aussi la responsabilité humaine face à la révélation. |
| 7ème trompette (3e malheur / accomplissement) |
Apocalypse 11:15–19 « Le septième sonna... Et il y eut dans le ciel de grandes voix qui disaient: Le royaume du monde est remis à notre Seigneur et à son Christ; et il régnera aux siècles des siècles. Et les vingt-quatre anciens se prosternèrent... et le temple de Dieu fut ouvert dans le ciel. » |
Accomplissement eschatologique : proclamation de la souveraineté définitive du Christ et moment liturgique (louange céleste). Le septième signe marque la fin des cycles et l'ouverture de la scène du jugement final / nouvelle création; il contient à la fois annonce de salut et manifestation de la colère consumée. |
